Affaire Karachi, le procès d’une trahison des élites

Stèle à la mémoire des victimes de l’attentat du 8 mai 2002 à Karachi.

Ce lundi 15 juin, le tribunal correctionnel de Paris a prononcé des peines très lourdes contre six prévenus dans le volet financier de l’affaire dite « Karachi ». République Souveraine s’associe tout d’abord à la douleur et au combat des quinze victimes, dont treize français, de l’attentat de Karachi intervenu le 8 mai 2002.

Elle exprime également son étonnement devant l’extrême lenteur de la justice alors que les responsables politiques, Edouard Balladur et François Léotard au premier chef, ne seront jugés par l’archaïque Cour de justice de la République que dans quelques mois. Nous sommes 18 ans après l’attentat de Karachi et 26 ans après la signature des contrats d’armements au cœur du scandale !

Rappelons, en quelques mots, cette sinistre affaire, chronique d’une trahison d’élites atlantistes pour qui la France ne fut que le rouage d’un financement occulte mêlé d’enrichissement personnel. En 1994, la France signe avec l’Arabie saoudite et le Pakistan d’importants contrats de matériels militaires. Les deux pays n’ont alors plus rien à prouver en matière de financement et d’armement du terrorisme ni de diffusion d’un Islam des plus rétrogrades dont nous voyons aujourd’hui les résultats jusque dans nos banlieues.

Se met alors en place un réseau d’intermédiaires parfaitement parasitaires comme Ziad Takieddine, Abdul Rahman al Assir et le Saoudien Ali ben Moussalem. Ce réseau n’avait en fait qu’un seul but, à part se servir : redistribuer de juteuses rétrocommissions à différents conseillers et hauts fonctionnaires français, qui alimentèrent notamment la campagne d’Édouard Balladur à la présidentielle de 1995. L’affaire ne fut mise à jour que par la rivalité entre les deux frères ennemis de la droite d’alors, mais également par l’attentat de Karachi, dont il paraît très probable que les causes soient liées à l’arrêt du versement de commissions à des intermédiaires locaux.

Trois leçons à tirer de cette affaire. La première est qu’on ne peut lutter efficacement contre le terrorisme en s’alignant sur Washington. L’atlantisme, c’est la garantie d’un financement même indirect du terrorisme via les douteux alliés des États-Unis. Nos atouts économiques ne doivent servir ni une caste ni un empire mais la France.  

La deuxième, c’est que l’abdication de notre souveraineté va de pair avec la trahison des élites. Traîner à ce point son pays dans la boue ne peut être le fait que de gens qui ne le considèrent pas comme une nation souveraine mais comme un tiroir-caisse. La souveraineté est un idéal de liberté collective et de probité individuelle. Les deux sont indissociables du sens de la France et de l’État.

La dernière, c’est qu’il ne peut y avoir une justice du peuple et une justice de l’oligarchie. On ne peut suspendre le deuil des familles si longtemps en tronçonnant un procès au profit de ceux qui gouvernent. Toutes les formes de délinquance doivent être combattues mais la délinquance en col blanc est de loin la plus nuisible à notre pays.

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