Prise d’otage au Havre : ce qui se passe quand on abandonne la psychiatrie

A Sotteville-lès-Rouen, sur le centre hospitalier psychatrique du Rouvray, la semaine dernière. Photo Martin Colombet. HansLucas pour Libération – 2018

Hier, jeudi 6 août 2020, une prise d’otage a eu lieu dans une banque au Havre. Aucune victime n’est à déplorer, le preneur d’otages s’étant rendu dans la soirée.

Si les revendications de ce dernier faisaient état de revendications en lien avec les enfants en Palestine, c’est davantage son état de santé mentale qui semble être à l’origine de son acte. Ce havrais était en effet déjà connu des services de police, mais également des milieux psychiatriques pour des faits similaires par le passé.

Ce fait divers qui aurait pu être dramatique doit nous alerter sur l’état de la prise en charge des maladies mentales en France.

Alors que les Français sont les plus grands consommateurs de psychotropes au monde – plus d’un quart des Français consomment des anxiolytiques, des antidépresseurs, des somnifères et autres (source Assurance Maladie, 2000) – la branche psychiatrie de la médecine ne cesse d’être malmenée.

Les soignants en psychiatrie ont manifesté leur mécontentement à plusieurs reprises, des tribunes ont été publiées par des professionnels (Jean de Kervasdoué, économiste de la santé et Daniel Zagury, psychiatre, le 1er juillet 2020), des rapports parlementaires ont été rendus, tel celui de Martine Wonner (LREM) et Caroline Fiat (France insoumise) en septembre 2019…

Toutes et tous pointent le manque de lits en hôpital psychiatrique, de praticiens formés, de moyens spécifiques alloués…

Cela a conduit à des absences et à des ruptures de prise en charge chez de nombreux patients, là où le soin précoce et la prévention ont largement fait leurs preuves.

Les conséquences sont multiples pour les patients, les aidants et les soignants.

Déjà, certains psychiatres pointent les séquelles de la crise sanitaire – vécu du confinement, gestion des suites physiques du COVID, …- chez des patients déjà connus pour des troubles psychiatriques, mais également chez des personnes sans antécédents.

Le Ségur de la santé est une tentative de réponse d’urgence à la situation médicale en France, mais il est désormais plus que temps de refondre profondément le système afin de donner les moyens au secteur psychiatrique de faire correctement son travail, au risque de le voir imploser.

République Souveraine souhaite apporter son soutien à tous ces professionnels de l’ombre et de l’invisible, acteurs indispensables de la santé publique française.

Commission Santé de République Souveraine

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