Notre-Dame de Paris : un drame qui nous rassemble

Comme tous les Français de cœur, les militants de République souveraine ont été choqués par l’incendie ayant frappé Notre-Dame de Paris. Ce bâtiment historique d’une valeur artistique inestimable est le témoin du temps long au centre même de notre capitale et de notre pays. Il rappelle à tous, Parisiens ou visiteurs, que Paris et la France ne viennent pas de nulle part, mais qu’ils sont le produit d’une histoire que nous devons connaître et honorer. C’est aussi une réalisation exceptionnelle, œuvre de la foi du plus grand nombre et non de l’argent ou du pouvoir d’un seul ou de quelques-uns. Si elle nous émeut tous, c’est que nous y voyons une trace de ce qu’il y a de plus beau en l’homme : l’effort collectif pour construire quelque chose de plus grand que soi.

Notre-Dame est donc bien plus qu’un lieu de culte catholique. Ses tours ont vu passer toute l’histoire du pays, de la plus ancienne à la plus récente, ses cloches ont sonné la libération de Paris, ses voûtes ont abrité le temple de la déesse Raison et ont vu le sacre de Napoléon… Les réactions presque unanimes à la catastrophe ont montré que la grande majorité des Français, quelle que soit leur religion ou leur absence de religion, quelle que soit l’origine de leurs ancêtres, étaient attachés à cette histoire commune. C’est bien le sens du patriotisme français, qui ne se fonde ni sur une hypothétique ethnie préexistant à l’État, ni sur un pur échafaudage juridique désincarné, mais bien sur une mémoire et une volonté partagées. « Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour un peuple », disait Renan. Dans notre douleur, cela nous fait chaud au cœur.

République souveraine salue la générosité des promesses de dons, en particulier celle des moins riches, pour qui cela représente un sacrifice plus grand. Elle salue la décision de la holding Arnault de renoncer à la défiscalisation liée à sa contribution – et elle se réjouit que la polémique ait eu ce résultat… Les autres donateurs les plus riches feraient bien de l’imiter ; ce geste serait le bienvenu quand on sait à quel point les gouvernements récents, de gauche comme de droite, ont facilité l’optimisation fiscale. De plus, depuis la loi Mécénat de 2003, un seul tiers des sommes dues à la « générosité » des mécènes l’est effectivement, les deux autres tiers n’étant que de l’impôt affecté. Pour les « trésors nationaux » acquis notamment par les musées, cela représente même 90 % de la somme prétendument donnée. Cette loi donne donc aux riches le droit d’affecter une partie des impôts qu’ils doivent au subventionnement de telle ou telle cause – et en passant, à leur communication. Il y a lieu de s’interroger sur ce dispositif, qui est une profonde aliénation des prérogatives de la puissance publique, laquelle devrait avoir la main sur ce qui reste, en dépit des apparences, de l’argent public pour les deux tiers.

La catastrophe qui touche Notre-Dame a également révélé l’insuffisance généralisée de l’entretien du patrimoine, en particulier le patrimoine le moins en vue. Les Français y sont très attachés – on le voit lors des Journées du Patrimoine – mais leurs gouvernants, pris dans l’idéologie de l’austérité, réduisent les budgets à la portion congrue. C’est notamment le cas pour le budget de fonctionnement : alors que le bon sens conduit un propriétaire à entretenir son bien pour éviter d’avoir à le rénover à grands frais, la logique absurde des austéritaires les conduit à faire l’inverse. Il est indispensable de réaffirmer la primauté du financement public et la nécessité d’un budget d’entretien suffisant pour les propriétés de l’État, en particulier lorsqu’elles relèvent du patrimoine historique et artistique.

Le Président de la République a fait des déclarations, comme souvent irresponsables et irréfléchies. Que signifie reconstruire Notre-Dame « en encore plus belle » ? Comment peut-il décider tout seul que la rénovation sera faite dans les cinq ans, alors que tous les diagnostics ne sont pas terminés ? Pourquoi écarter d’emblée la reconstruction de la flèche de Viollet-le-Duc – qui fait partie, en dépit du snobisme de quelques-uns, de l’image que les Français ont en eux de Notre-Dame – au profit d’une flèche « adaptée (…) aux enjeux de notre époque » (Édouard Philippe) ? La communication est le maître mot de ce quinquennat, et les communicants qui nous gouvernent sont décidément prêts à faire feu de tout bois…

Les militants de République souveraine espèrent que la raison et la responsabilité l’emporteront sur les effets d’annonce : reconstruisons Notre-Dame aussi vite que possible, mais surtout le mieux possible, avec l’esprit de sérieux et l’humilité qui conviennent à cette grande tâche. Plutôt que de suivre le bon plaisir du prince, respectons ce monument et ceux qui l’ont construit en suivant les recommandations de la charte de Venise qui définit les principes de la restauration. Ce chantier doit devenir l’occasion d’une réflexion sur la valeur du travail humain, au-delà de sa dimension marchande, et de la nécessaire revalorisation des métiers de l’artisanat et de l’apprentissage, dont ce drame nous rappelle le caractère irremplaçable.

Notre pays traversant aujourd’hui une période troublée et difficile, cet incendie est apparu à de nombreux témoins comme un mauvais présage, symbole du délitement de notre Nation. Mais le savoir-faire des bâtisseurs d’autrefois comme l’intelligence, le dévouement et le sang-froid de ceux qui ont travaillé à éteindre le brasier ont permis au bâtiment de sortir de l’épreuve certes ébranlé, mais debout. Comme beaucoup de Français, nous avons accueilli cette nouvelle avec soulagement et gratitude ; cette capacité de résistance, nous voulons le croire, est aussi celle de notre pays.

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