Les petits hommes gris contre les Français

Editorial d'octobre

Les petits hommes gris contre les Français

En novembre 2019, les carburants oscillaient entre 1,4 et 1,6 euros lorsque se déclencha la crise des gilets jaunes. Aujourd'hui, le prix du gazole atteint 2,4 euros le litre, l'essence est à 2,3 euros et 17% des stations services sont en rupture d'approvisionnement.

Pour obturer l'hémorragie financière dans les budgets des Français, le gouvernement nous prescrit ses remèdes habituels : règle d'or fiscale, chèques, subventions. Pour compenser des prix des carburants artificiellement gonflés par des taxes, nos élites les baissent artificiellement par des aides. Tout problème de technocrate a sa solution...de technocrate. Et peu importe que cette crise énergétique soit due à des tensions d'approvisionnement sur le marché mondial. Tout le monde sait ici les conséquences de notre dépendance à des fournisseurs de matières premières avec lesquels nous entretenons des relations extrêmement tendues du fait de nos alliances et de notre incapacité à tenir une politique étrangère indépendante.

Pour le dirigeant bruxellois - ou français, on ne fait plus tellement la différence - l'important est de définir la règle qu'un Etat technocratique va imposer à ses acteurs économiques. Et non de leur fournir un cadre stable où ils vont pouvoir agir à leur gré. Les causes premières de l'économie : l'énergie, les matières premières, les facteurs de production - ce que Georges Renard-Kuzmanovic appelle physicalité de l'économie - sont totalement impensées. La vision d'un "homme d'Etat français", passé par les grandes écoles, allant et venant sans relâche du privé au public, est totalement décontextualisée car il pense détenir un pouvoir normatif sur la société. Il suffit de dire pour que ça se fasse. Notre République incantatoire n'a jamais écrit autant de lois, de règlements, de circulaires et pourtant la France n'a jamais aussi peu produit.

L'Etat est, pour le coup, réduit à une usine de production de normes. Il est infesté par des petits hommes gris, sans saveur, sans odeur, sans couleur, en attente de leur prochain avancement. Sans idéologie autre que celle qui domine la petite place parisienne, ils maintiennent le bras armé du peuple dans l'immobilisme, tout conformés à respecter un Etat de droit boursouflé. Ils désarment notre Etat, créent partout des postes de contrôleurs (cadres intermédiaires) qui imposent leur management impersonnel dans les services publics : nos médecins, nos profs, nos flics, nos fonctionnaires des guichets sont les premières victimes de ces odieux gestionnaires. Ils maintiennent les acteurs économiques sous le joug de règlementations en changement perpétuel et vident de sa substance l'initiative privée.

Seuls peuvent survivre ceux qui entretiennent, de près ou de loin, des relations avec ce pouvoir politico-administratif : grandes entreprises bardées de lobbyistes et d'avocats, entrepreneurs se plaçant dans le sillon de la norme (DPE, contrôle technique, CPF), acteurs associatifs nationaux et locaux perfusés aux subventions. Les résultats de ce capitalisme de connivence sans vision et sans ambition nationales, nous le voyons : 3400 milliards de dette, une classe moyenne en voie de disparition, un tissu productif exsangue, des services publics à l'os, une natalité en chute libre. Mais selon les élites qui nous dirigent, il faudrait perpétuer toujours les mêmes politiques à l'œuvre depuis 40 ans : l'Union Européenne ne fonctionne pas ? C'est parce qu'il en faut plus. La décentralisation ne sert à rien ? C'est parce qu'on n'est pas allés assez loin. Le libre-échange nous appauvrit ? C'est parce que nous ne sommes pas assez ouverts.

Le personnel politique change, les technocrates demeurent et conduisent la même action publique. En 1980, déjà, Coluche parlait des technocrates : "Mon père il disait : les technocrates, si on leur donnait le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu'ils achètent du sable ailleurs." Les prédictions de l'humoriste se sont révélées exactes, la France était assise sur une mine d'or, le nouvel ordre bureaucratique en a fait un pays en faillite. Des années 80 à aujourd'hui la caste politique s'est échangé les rôles, a trouvé de nouvelles effigies, la direction du pays est toujours hors-sol. La rupture est aujourd'hui indispensable. Nous l'attendons comme beaucoup de Français à la fois grâce à un changement institutionnel profond (RIC, primauté du droit français sur le droit européen, restauration de l'autorité de l'Etat) et un élan populaire intense qui viendrait le soutenir.

De ce point de vue, le 17 octobre constitue une première mobilisation très bienvenue pour que les Français se ressaisissent de la chose publique et lancent un mouvement de revendications plaçant l'élection présidentielle sur les meilleures auspices.

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