L’effet papillormuz

L’effet papillormuz

Le conflit armé déclenché par Israël et les États-Unis d’Amérique contre l’Iran est avant tout une catastrophe pour les populations civiles - qu’elles soient iranienne, israélienne, libanaise ou originaires des autres pays du golfe persique touchés par les frappes militaires. Les plaintes compréhensibles des influenceurs français coincés à Dubaï pèsent bien peu face à la douleur des familles des dizaines de jeunes filles tuées lors d’une frappe, vraisemblablement américaine, à Minab dans le sud de l’Iran.

Une autre des conséquences du conflit est la fermeture de facto du détroit d’Ormuz.

L'ordre mondial contemporain, construit autour de l'efficacité logistique et de la précision des chaînes d'approvisionnement, repose sur une dépendance extrême qui rend toute interruption critique potentiellement dévastatrice.

Le détroit d’Ormuz est le point de passage de 20% de la production mondiale de gaz naturel liquéfié et de pétrole, et de 30 à 35% des engrais. Les enjeux de sa fermeture sont donc considérables.

La pénurie de pétrole a des conséquences que nous pouvons déjà mesurer, avec l’augmentation du prix du carburant à la pompe. L’effet sera bientôt palpable sur tous les types de transport.

Les prix du gaz naturel liquéfié ont également bondi. Cela se répercutera rapidement sur les factures des particuliers.

Ajoutons que ce gaz est un outil essentiel pour la fabrication de puces et de semi-conducteurs. Par exemple, Taïwan, l’un des plus gros producteurs au monde, utilise une proportion importante du gaz naturel liquéfié transitant par le détroit pour leur fabrication. Taïwan disposerait d’une réserve de 11 jours, ce qui fragilise fortement cette filière.

La pénurie de produits pétroliers permettant la production de polyester pourrait mettre à genoux l’industrie du vêtement synthétique bon marché.

30 à 35% des engrais mondiaux (produits grâce au gaz naturel) sont aussi concernés. Une telle pénurie pourrait diminuer fortement les rendements agricoles et engendrer crises alimentaires et famines.

Le soufre contenu dans le pétrole est un élément important pour l’extraction et la récupération du cuivre et du cobalt. Une pénurie de ces métaux pourrait engendrer une crise :

👉🏻 des transformateurs (nécessaires par exemple à l’interconnexion des énergies renouvelables),

👉🏻 de la fabrication de batteries de véhicules électriques,

👉🏻 d'appareillages et de réseaux électriques,

👉🏻 des calculs et des centres de données.


A court terme, les pays dépendant des importations et fiscalement faibles seront les premiers touchés : coupures d'électricité, insécurité alimentaire, chômage, défaut de dette, instabilité sociale. Des troubles ont déjà éclaté au Bangladesh, alors que le gouvernement vietnamien recommande à ses administrés de travailler depuis chez eux pour économiser le carburant.

Les économies avancées seront touchées à moyen terme : contraction industrielle, problèmes de serveurs informatiques, de réseaux hospitaliers, de systèmes de paiement, de fourniture en produits pharmaceutiques, d’industrie de défense.

La fermeture du détroit d’Ormuz pourrait donc déboucher sur des pénuries alimentaires, une hyperinflation, des défaillances étatiques et une restructuration géopolitique.

Car, à plus long terme, les États pourraient abandonner le mythe de la concurrence libre et non faussée chère à l’UE, pour recalibrer leurs chaînes d’approvisionnement selon l’appartenance de leurs fournisseurs à telle ou telle alliance géopolitique (USA ? Chine ? Russie ?). Des pouvoirs d’urgence leur permettaient le contrôle des importations et des exportations. La sécurité des approvisionnements devrait alors être assurée le long de corridors commerciaux militarisés, à l’image de ce que M. Macron a récemment proposé. La mondialisation ne serait pas abandonnée; elle se durcirait en blocs armés.

Nous assisterions à la transition d'un ordre commercial intégré vers un système mondial gouverné par la rareté et la coercition.

Les Américains et les Israéliens avaient-ils envisagé les conséquences du conflit qu’ils ont ouvert avec l’Iran ? C’est possible pour une partie d’entre elles.

Les États-Unis d’Amérique sont d’importants producteurs et exportateurs d’hydrocarbures. Ils pourraient proposer aux pays touchés par les pénuries de remplacer les produits du Moyen Orient par les leurs. Ils couperaient cyniquement leurs revenus aux pays qu’ils s’étaient engagés à protéger militairement, pour en bénéficier eux-mêmes.

Une conséquence moins attendue de ce conflit concerne la Russie. Autre pays fortement exportateur d’hydrocarbures, elle bénéficierait également d’une telle redistribution des cartes. Cela lui permettrait paradoxalement de financer dans le temps la guerre qu’elle mène en Ukraine.

L’Union Européenne, fortement dépendante des hydrocarbures du Golfe, et s’interdisant le recours à ceux provenant de Russie, serait le dindon de la farce.

Plus généralement, cette guerre générera à plus ou moins long terme une cascade de crises interconnectées, dont les effets sont imprévisibles et potentiellement dévastateurs.

Le peuple français doit pouvoir décider de l’orientation que prendra notre pays face à ces profonds changements. Il n‘y sera pas aidé par un personnel politique médiocre, sans vision, obsédé par sa réélection. Ni par des médias obéissant aux ordres de leurs actionnaires milliardaires.

Méprisé par l’Allemagne, maltraité par l’UE, notre pays doit-il rester un vassal des États-Unis d’Amérique ?

Nous pensons au contraire que cette guerre et ses effets potentiels valident notre approche : notre pays doit recouvrer sa souveraineté et limiter ses dépendances. Nous devons l’extraire de son carcan européen pour qu’il puisse reprendre son destin en mains et naviguer agilement dans le monde multipolaire qui se dessine.

Inscription réussie !

Connexion réussie, bon retour !

Vous êtes maintenant inscrit à République souveraine.

Bravo ! Vérifiez vos e-mails pour obtenir le lien de connexion.

Vos informations de facturation ont été mises à jour avec succès.

La mise à jour de votre facturation a échoué.