Segur de la santé, ou la consécration de la politique publique de santé à court-terme

Le Segur de la santé s’est achevé avec la signature des accords de la santé. L’objectif affiché de cette démarche est de « tirer collectivement les enseignements de l’épreuve traversée face au COVID-19 et faire le lien avec Ma santé 2022 pour bâtir les fondations d’un système de santé encore plus moderne, plus résilient, plus innovant, plus souple et plus à l’écoute de ses professionnels, des usagers et des territoires » (solidarites-santé.gouv.fr)

Il aura fallu une crise sanitaire inédite pour accélérer le calendrier Ma santé 2022 alors que la colère des soignants gronde depuis plusieurs mois, pour ne pas dire depuis de nombreuses années.

Quelles sont les « avancées » pour le système de santé français ?

Tout d’abord, de l’argent. Beaucoup d’argent. La communication se fait à coup de gros chiffres qui au final ne signifient pas grand-chose… Revalorisation (180€ net pour tous les salariés concernés), mise à jour des grilles salariales… L’annonce de la 5ème branche de la sécurité sociale peut satisfaire, mais son financement reste à ce jour bien mystérieux.
Alors certes, une revalorisation des salaires est indispensable, d’autant plus que les rémunérations des soignants français sont plus basses que la moyenne européenne ( source Panorama OCDE). Mais ce que les soignants hospitaliers demandent majoritairement ce sont des moyens humains. La crise du COVID a mis en lumière ce que les soignants crient depuis longtemps : à être en effectifs tendus, la moindre poussière dans la machine a des conséquences dramatiques, que ce soit dans les EHPAD ou dans les services hospitaliers. La gestion de l’hôpital public telle une entreprise privée est dénuée de sens (tarification à l’acte, développement de « bed manager », recherche du taux d’occupation maximum dans les EHPAD…) et asphyxie autant le personnel soignant que les usagers.

Alors oui, le Segur envisage de doubler le nombre de promotions, et d’embaucher. De belles paroles quand on sait que le secteur de l’aide à la personne ou la profession d’aide-soignant ne parviennent pas à trouver de candidats malgré les besoins exponentiels .

Par ailleurs, le Segur entend se consacrer quasi exclusivement en faveur du personnel des hôpitaux et des EHPAD publics. Quid des professionnels libéraux ? Les médicaux et paramédicaux « de ville », toujours plus contraints administrativement au point de ressembler à des salariés de la sécurité sociale, sont des maillons indispensables de la chaîne de soin. Ils ont pourtant prouvé leur efficacité et leur réactivité lors de la crise en proposant du télésoin, en organisant des centres COVID …

Au final, que nous révèle ce Segur et ses mesures?
Il est à l’image de la politique du gouvernement : un simulacre de consultation publique (cf le grand débat national ou les états généraux de l’alimentation), des mesures de rattrapage pour calmer momentanément la grogne, une politique à court-terme qui ne cherche pas à résoudre les problématiques de fond…
Ecouter le personnel soignant, entendre leurs difficultés, prendre note de leurs propositions (et ils en ont !) permettrait de mettre en place des mesures efficaces sur le long terme.
Ainsi, une rémunération juste des professionnels des santé, un accroissement des effectifs dans les établissements pour des conditions de travail correctes, des mesures incitatives à la formation -initiale et continue- et à la mobilité pour les professions en besoin (études gratuites, prêts à taux zero pour l’équipement en véhicules des soignants en milieux ruraux…), un plan de coordination hôpital/professionnels de ville pour un parcours de soin plus fluide, un allègement des couches administratives qui rendent les prises de décisions lentes et inefficaces…
L’accent devra également être mis sur la prévention, quelle que soit la discipline. Notre système de santé est actuellement bien trop dans le curatif. Une réelle remise en question du système s’impose, pour une action durable et efficace. A l’aube d’une transition démographique qui va entraîner la dépendance de nombreux âgés, va multiplier les besoins en personnels et en établissements de soin ainsi que leur financement, et mettre à mal le système de santé tel qu’il l’est actuellement, il est plus que temps d’agir.

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