Non à l’offensive concordataire libérale du Président de la République : combat laïque, combat social, même combat !

Dans la situation exceptionnelle que nous connaissons, la société française mise en confinement est fragilisée matériellement et moralement. Son économie largement à l’arrêt ne peut plus irriguer un tissu social déjà fortement précarisé, sous le drapeau d’une République dont les principes et valeurs n’ont cessé d’être mis à l’épreuve par la logique libérale. C’est dans ce contexte que le Président de la République a jugé bon de réunir par des visioconférences les représentants des cultes avec des obédiences maçonniques et des associations laïques. 

Une première a eu lieu sous le signe de la solidarité et du deuil des décès causés par la pandémie, ce qui pouvait être, dans une certaine mesure, acceptable. Mais cette visioconférence s’est reproduite, et voilà qu’il est question de la répéter, à tout le moins, tant que durera « la crise ». Jusqu’à quand et pour quoi faire ? Le Président de la République, lors de son intervention au Collège des Bernardins devant les autorités religieuses catholiques de France, avait exprimé sa volonté de « réparer » un lien entre l’État et l’Église qui aurait été « abîmé » – lien qui ne peut exister dans une République laïque. Il a aussi voulu modifier la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 pour favoriser le financement des cultes contre un label d’État identifiant les associations religieuses, ce qui l’aurait vidé de son contenu, mais la tentative a échoué. Dans son discours de Mulhouse, il a refusé de reconnaître l’existence du communautarisme, préférant parler d’un risque de « séparation », éludant les véritables dangers de fragmentation sociale, notamment dans les quartiers où les islamistes ont pris le pouvoir. Voici qu’à présent il serait question, alors qu’une seconde visioconférence a eu lieu avec les cultes et certaines organisations laïques, de pérenniser ce « conseil » qui fait sortir la République de son cadre laïque, sous le prétexte de réfléchir à la « cohésion morale » du pays et aux « moyens de rebondir ». On bafoue ainsi la seule autorité à la source du pouvoir politique, le peuple. Un peuple de citoyens que l’état d’urgence sanitaire met entre parenthèses en en réduisant les libertés.

Traiter la laïcité comme une conviction parmi d’autres, à égalité avec les cultes, s’oppose au principe qu’elle garantit, celui de la liberté de conscience. La laïcité n’est pas une conviction à côté des autres, c’est elle qui les autorise toutes, sans en faire prévaloir aucune. La raison qui guide l’intérêt général, portée au-dessus des différences, a été séparée du fait de croire ou de ne pas croire, laissé au libre-arbitre de chacun. Cette initiative présidentielle est bien concordataire : à l’égal d’un accord passé avec les cultes pour gouverner, pour utiliser leur influence en échange de leur donner un droit de regard sur les choix politiques des citoyens. Cette clientélisation des cultes ramène la participation des associations laïques à un rôle de caution.

Dans ce prolongement, on explique à l’Élysée qu’après le coronavirus, rien ne serait plus comme avant dans la « nouvelle société » d’après-crise, qu’une « Union sacrée » fantasmée permettrait de construire en ouvrant la porte à toutes les révisions, à l’image de cette initiative. Parallèlement, on ose parler de « tournant social à gauche nécessaire », alors que la « guerre » contre le coronavirus sert de prétexte à ouvrir la voie dans certains secteurs à des semaines de soixante heures de travail, voire sept jours sur sept, ou à l’obligation pour les travailleurs de prendre une partie de leurs congés pendant le confinement… On relèvera aussi que la crise sanitaire est surtout une crise de l’hôpital public ramené à l’os. Il a été, comme tous les services publics, dont la nature est l’égalité de traitement de tous indépendamment de la couleur, l’origine ou la religion et donc, laïque, l’objet d’une attaque libérale mortifère. On voit encore ici comment combat laïque et combat social sont étroitement liés.

Nous rejetons avec force cette opération contre la laïcité qui est avant tout une atteinte à la souveraineté des citoyens. Nous appelons les associations laïques à rompre avec cette initiative concordataire contraire à la laïcité républicaine, et à se préparer à s’opposer, en se rassemblant, à cette dangereuse tentative de remise en cause qui engage le pronostic vital de notre République « indivisible, laïque, démocratique et sociale » !

Guylain Chevrier, responsable de la commission laïcité de République souveraine 

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